Soyons clairs, la fille de la mer en pleine tempête c'est pas moi...
Il m'a fallu 3 jours pour m'en remettre...
Faut le dire, autant j'aime naviguer tranquille, mon râleur à la barre, les enfants sur le pont et le soleil dans les yeux, autant le gros grain, les raffales, les 30 noeuds c'est pas mes copains.
Alors la tempête et moi on s'est dit nos 4 vérités enfin surtout elle.
Bon bref, vendredi soir, rendez-vous était donné avec les 6 poilus (on en a perdu un en cours de route) pour un dîner d'équipage. Normalement c'est après la régate, mais là comme ça, c'était fait, tout le monde pouvait se crêper le chignon ou plutôt les poils à bord !
Ensuite le râleur et moi sommes allés sagement faire un gros dodo, pendant que les autres poilus ont fini au marcellin la presque-boite du coin. Vous auriez vu leur tête le lendemain. Pas frais les gardons.
Punaise qu'est-ce que ça boit un homme... Imaginez le tas de cadavres à la fin de la soirée.
Samedi matin 9h: embarquement...
Pour 12h de navigation par 25 à 30 noeuds, des vagues comme dans Titanic, de la flotte à devenir des soupes, et tout et tout. Je ne vous ments pas regardez :
Mais surtout... des tas de bateaux partout autour de nous. C'est magnifique !
Meme les Cadors étaient là : Franck Cammas sur Groupama, gigantesque trimaran qui est un peu comme un fusée par rapport à nos embarquations.
Tout allait très bien, même pas mal au coeur, Gros vent ? trop fastoche pour moi ! Les vagues, même pas peur. On a la win les gars !! Whouaah la vache les vagues !
Sauf...
Sauf que je suis une fille.
Et le demi-litre de thé du petit dej... a été fatal.
Et nous, les filles... bah on est des filles quoi. Donc les wawa par dessus bord, niet.
et ça, c'est pas bon pour l'estomac...
C'est là que les ennuis ont commencé. Il a fallu que je descende.
... et j'ai été malade. Les poissons ont festoyé.
Le râleur me prie de vous répéter que sa veste de quart aussi... mais pas à cause de lui. Bref je vous passe les détails
très intéressants.
J'ai l'air heureuse hein ! brassière obligatoire.
Et puis comme d'hab, j'ai dormi dormi dormi (en mer je dors 20h sur 24)...
Sauf qu'on était en régate. Ca se fait pas trop de dormir en régate.
Et sauf qu'on était entre hommes. Un homme en compet ça ronfle pas.
J'ai dormi... au mileu des cordages, n'importe comment, en vrac, pire que Lulu...
Sous l'oeil dépité, déconfi, perplexe, limite inquiet des poilus... hors le râleur qui connait bien ma tendance marmotte en mer.
Bref on peut se dire que je ne sais pas me tenir. J'aurais beau faire tous les efforts du monde dans les soirées mondaines, ma réputation est faite, je me tiens comme une serpillère.
Alors autant vous dire que tous ces virements de bord toutes les 10 minutes ça ne m'arrangeait pas vraiment.
Alors bilan, j'ai pas fait ma fille si l'on considère que :
- j'ai pas pleuré mais j'aurais bien aimé
- j'ai pas appelé ma mère mais j'aurais bien voulu
- Personne ne m'a entendu gémir une seule fois sauf moi
- j'ai pas fait d'effet de style vestimentairement parlant
- J'ai rien répété ni commenté de tout ce que j'ai pu entendre
- j'étais pas la seule à gerbouiller sauf que j'étais la première
- le râleur était fier de moi yesss ! et moi vachement de lui !
Mais j'ai encore pas mal de boulot pour être un vrai poilu sachant que :
- veille de régate, pas bu une seule goute d'alcool
- PAs bu de bière à bord bleurp
- j'ai dormi 80 % du temps des 12h de nav
- je sais pas comment on fait pour faire pipi par dessus bord pourtant ça m'aurait bien arrangé
-je trouve qu'on n'était pas obligés de faire pencher le bateau à la verticale tout le temps, sous prétexte qu'il fallait gagner gagner gagner.
- je préfère être sous le vent qu'en rappel sous les vagues
- j'ai pas pu lire le Elle...
pourtant je l'avais emporté.. on sait jamais !